



Durant Plusieurs mois après l’inauguration, l’aéroclub du Finistère effectue à la demande un service d’ « avion taxi » et « avion ambulance », tout en continuant à proposer des baptêmes de l’air aux insulaires qui prennent goût à ce moyen de transport rapide.
Mais les responsables de l’aéroclub jugent nécessaire d’acquérir des appareils de type De Haviland « Dragon » ou Broussard mieux adaptés aux contraintes de la liaison aérienne et de rallonger la piste de Kerlaouen à une longueur d’au moins 500 m afin de sécuriser atterrissages et décollages ; cet allongement étant réalisé par les Ponts et Chaussées de l’île au début de l’année 1955.
Les pilotes privés ou d’aéroclub français commencent à utiliser régulièrement le terrain d’Ouessant qui avait été ouvert à la circulation aérienne publique depuis le 30 juillet 1954.
Le premier avion étranger, un Piper piloté par Mr Hertig, un suisse en déplacement touristique, se pose le 30 juillet 1955.
Le 17 juin 1955 naît la société COBRA (Compagnie BRetonne d’Aéronautique) avec à sa tête une majorité de membres de l’aéroclub et Alfred Chupin comme président pour exploiter la ligne aérienne d’Ouessant. La compagnie aérienne et ses pilotes Geoffrey et Charolais effectuaient la première liaison commerciale le 13 juillet 1955 sur un avion de type Haviland DH 89 « Dragon-rapid », bimoteur de 185 cv. Cet appareil pouvait transporter 8 passagers en 2 liaisons quotidiennes.
L’activité de cette première compagnie démarre très fort avec 1700 passagers en deux mois mais l’année 1956 verra l’arrêt de la ligne pour cause financière après un atterrissage trop long sur une piste détrempée qui implique des réparations importantes sur le Dragon De Haviland.
Cette cessation d’activité marque les insulaires, dont le maire Lucas, qui parle en 1958 de « nécessité absolue » de rétablir la ligne. Mais les problèmes financiers sont trop importants et Charles-Yves Peslin considère que « …la reprise est possible à condition de résoudre les problèmes d’infrastructures, de matériel et surtout de répartition des charges… »
L’aéroclub du Finistère reprend donc ses vacations occasionnelles avec l’accord des autorités et l’appui de ses chefs-pilote Fontaine et Le Thous au profit des marins et blessés tandis que la municipalité d’Ouessant essaie de trouver une solution pour rétablir la ligne.
Ceci est chose faite à partir du 20 juillet 1964 ou la compagnie Rousseau Aviation (de Dinard) pointe ses ailes sur l’aérodrome de Kerlaouen, toujours avec un Dragon De Haviland. Les ouessantins reprennent la voie des airs pour plus de deux ans jusqu’à ce jour funeste du 28 septembre 1966 ou le Dragon de Rousseau se crashe au décollage sur la piste « Nord-sud » de l’aérodrome de Kerlaouen (piste supprimée depuis).
Cet accident fera trois morts dont le pilote, Mr Goillot, et deux ouessantines, mesdames Stempel et Tual tandis que six passagers parviendront à s’extirper de l’appareil en feu.
Comme l’écrit le Télégramme de Brest le 29 septembre 1966 : « Il va sans dire que cet accident cause une profonde émotion à Ouessant. En dehors de son caractère tragique, c’est un lien avec le contient auquel les îliens s’étaient accoutumés en deux ans qui tout à coup se brisait. Cette émotion, cette tristesse se lisait sur tous les visages. » Rousseau Aviation essaiera de rétablir la ligne en 1967 mais sans succès.
Jusqu’à 1975, l’aéroclub brestois reprend alors son rôle de transporteur occasionnel sur ses petits avions en faisant vivre à minima une ligne d’Ouessant qu’il avait contribué à créer.
En 1973, décision est prise de construire une « piste en dur » à Kerlaouen. ces travaux seront effectués en 1975 par l’entreprise Marc, pour une longueur de 720 mètres et permettront de sécuriser les atterrissages et décollages par période de pluie avec une force portante de la piste goudronnée portée à 8 tonnes.
Le 10 juillet 1975, une nouvelle compagnie aérienne s’installe sur la ligne. Air-Ouest, avec un avion de type « Britten Norman », bimoteur de 520 cv, effectue des liaisons bi-quotidiennes jusqu’au 21 janvier 1977. Faute de subventions, Mr Bourg, son dirigeant, ne peut équilibrer les comptes et c’est alors une nouvelle compagnie qui abandonne la ligne insulaire.
Marcel Ticos, maire de l’île, recherche aussitôt une nouvelle solution qui tienne la route et appuie l’initiative de Bob Le Thous qui, ayant créé l’Ecole Aéronautique d’Iroise en juin 1975, souhaite alors assurer la ligne aérienne d’Ouessant. En avril 1977, l’E.A.I. obtient son autorisation de transport qui sera renouvelée en juin 1978 et proposera les liaisons sur un avion de trois places.
Un aérogare est construit sur l’aérodrome de Kerlaouen en 1978 et un premier agent d’aérodrome, Mr Joseph Connan, est nommé ; il assure la sécurité et l’information aux pilotes sur la plate-forme.
En 1979, les souhaits de Charles-Yves Peslin de 1958 se réalisent : le département décide de soutenir financièrement la ligne aérienne d’Ouessant en confiant notamment à l’E.A.I. de Bob Le Thous l’exploitation d’un Cessna 207,avion pouvant accueillir six passagers.