



Le seul moyen de locomotion utilisé par les Ouessantins est le vélo ; la population vit en cercle fermé. Dans les foyers, on s’emploie aux mille et un gestes quotidiens sans cesse répétés qui rythment une existence. Chacun s’active à la pêche, aux champs, à l’honneur à rendre à ses morts. Le soir, les veillées tiennent lieu de T.S.F. dont l’usage sur batterie est réservé à quelques privilégiés ; elle ne peut être d’utilité générale sur l’île non électrifiée. Soudain, les cloches offertes par la Reine Victoria retentissent à l’église de Saint-Pol Aurélien. Aujourd’hui, elles n’annoncent ni naissance, ni mariage, ni décès ; leur son est différent. C’est le tocsin : nous sommes le 3 septembre 1939, la seconde guerre mondiale est déclarée !
En novembre 1939, les Ouessantins aperçoivent des chalutiers armés patrouillant sur l’Océan. Le 18 juin 1940, de Gaulle lance son appel auquel répondront en masse les Sénans [1]. De nombreux navires transitent par la baie de Lampaul ; Le 19 juin, à l’âge de 17 ans, François FOUQUAT, originaire de Poullaouen, qui deviendra Compagnon de la Libération, embarque à Ouessant sur le chalutier belge, le Rascal à destination de l’Angleterre. Au-dessus d’Ouessant, les avions allemands grondent et lâchent leur bombes. Heureusement, aucun bateau n’est touché à Ouessant. Le 19 juin, un immense drapeau à croix gammée flotte sur le phare de la Pointe Saint-Mathieu au Conquet.
Sur l’île on commence à vouloir « résister » mais son exiguïté et son caractère isolé l’exposent à des représailles telles que le projet est bientôt abandonné. Les Ouessantins assistent régulièrement aux ballets aériens menés par les pilotes allemands qui patrouillent et observent. Les Allemands ont débarqué à Ouessant en juillet 1940. Le couvre-feu est déclaré, perturbant l’activité de la pêche.
La cohabitation s’installe, seulement perturbée par l’heure allemande et la susceptibilité des envahisseurs. Habitués à vivre en autarcie, les îliens souffrent moins qu’ailleurs des privations. On y note même une augmentation de la population ; beaucoup d’expatriés, chassés par les bombardements qui sévissent en ville, sont de retour « au pays ». Les rares possesseurs de TSF écoutent la radio de Londres quand le brouillage n’est pas trop puissant. Les liaisons régulières avec le continent continuent à être assurées avec l’Enez Eussa jusqu’en 1943 et d’autres sloops ensuite. La Ouessantine, vedette des phares, sert surtout aux occupants.
Au loin, des feux d’artifice, fusées, rayons de projecteurs rappellent que la guerre touche la région Brestoise. Comme ailleurs, les troupes allemandes réquisitionnent les vélos. La Kommandantur impose l’obligation faite aux îliens de se débarrasser de leurs chiens, sous 48 heures. Un perroquet a l’audace de répéter à l’ennemi ce que son maître lui a appris par jeu … jeu fatal … L’animal sera exécuté par balle ….Décidément, les Allemands n’aiment pas les animaux à Ouessant !
Curieusement, les Iliens qui ont coutume par le Proëlla de célébrer les leurs disparus en mer, conduisent dans leur cimetière un aviateur canadien ramené dans les filets d’un pêcheur.
Le temps s’écoule. Le 6 juin 1944, les alliés débarquent. Le 2 septembre, les Allemands quittent Ouessant en s’assurant leur protection par la prise d’otages, les notables de l’Ile –lesquels finiront par être relâchés-, mais avant une équipe est chargée de faire sauter le radar, le phare du Stiff, la station radio et la centrale électrique au phare du Créac’h. Les explosions se succèdent. Le Fort Saint-Michel saute. Le garde-champêtre a pu couper à temps les mises à feu des explosifs.
Après un acte de courage dissuadant des déserteurs allemands à bord d’un bateau de revenir se terrer à Ouessant, par un feu nourri d’armes cachés pendant la guerre, la liesse générale s’ensuit. S’il n’y eut pas de morts ouessantins à déplorer sur son territoire, Ouessant perdit 42 de ses fils, marins de l’Etat. Il faut également ne pas oublier la mort de deux adolescents de 17 ans, courageux et téméraires, qui s’étaient improvisés artificiers et signaler l’acte de courage de résistance d’un plus jeune, d’environ 15 ans, qui trancha un fil d’une ligne téléphonique. C’était en 1940.
Comme l’a si bien dit Louis LE GUEN dans son étude « Ouessant dans la Guerre », Ouessant a bien mérité de la patrie.
[1] Habitants de l’Ile de Sein