Les marins

Les marins d’Ouessant
Publié le 21 août 2007
par Webmestre
Une île évoque en général un monde de pêcheurs tourné vers la mer.

Bien qu’au XIXe siècle l’activité économique de l’île d’Ouessant soit axée principalement sur le canotage et la pêche, les retombées économiques ont été et demeurent mineures. Ici, les hommes n’ont pu faire de la pêche leur activité principale comme dans d’autres îles bretonnes - Molène, Sein - car malgré la présence de fonds poissonneux au large, il n’y a à Ouessant ni port naturel pouvant accueillir une flottille, ni les moyens d’écouler l’excédent de production.

Un retour en arrière sur les métiers de marins d’Ouessant s’impose. A la fin du XVIIe siècle, la marine de guerre la Royale, s’établit à Brest qui devient le plus grand port de guerre du royaume. Systématiquement, les hommes de l’île sont réquisitionnés comme marins, et l’Amirauté puise dans cette réserve. Cet engagement forcé éloigne les hommes de l’île de 6 mois à un an, et quelquefois davantage, obligeant les femmes à devenir agricultrices et à s’organiser pour survivre.

Les Ouessantins sont de tous les combats et servent dans les grands vaisseaux de combat tels L’Éveillé - La Duchesse de Lorient – L’Escadre du Sieur Duc d’Anville – Le Courageux - La Licorne – La Malicieuse - La Renommée –L’Aigle – L’Annibal – Le Conquérant – Le Saint-Esprit – Le Griffon -…du fait des batailles livrées au 18ème siècle contre la flotte anglaise lors de campagnes, au large d’Ouessant, en Martinique - Guadeloupe - Saint-Domingue, au Cap de Bonne Espérance.

Le combat naval au large d'Ouessant le 27 juillet 1778 - par Théophile Gudin. Sept vaisseaux français furent envoyés par le fond et 5.000 hommes trouvèrent la mort ou furent blessés [DR]Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, les hommes de l’île donnent très souvent leur vie "au service du roi" au Canada, aux Isles, à Quiberon, dans des naufrages, par épidémies dans les hôpitaux du Roy à Brest ou Rochefort, du scorbut au large d’Ouessant, dans les prisons d’Angleterre. Au 19ème siècle, les Ouessantins s’embarquent toujours dans la Marine et participent à l’aventure coloniale. Ils s’engagent aussi dans la marine marchande, où ils sont souvent soutiers [1] ou gabiers [2] sur les grands voiliers de l’époque ou les premiers vapeurs, qui développent à la fin de ce siècle le commerce intercontinental.

Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, et sur la période qui s’étend de 1734 à 1791, 335 hommes partis d’Ouessant ne reviennent pas. La population de l’île estimée à 1600 âmes à cette époque permet de mesurer le tribut payé au Royaume de France.

Au XIXe siècle, les Ouessantins s’embarquent toujours dans la Marine et participent à l’aventure coloniale. Ils s’engagent aussi dans la marine marchande, où ils sont souvent soutiers ou gabiers sur les grands voiliers de l’époque ou les premiers vapeurs qui développent le commerce intercontinental.

Leur engagement en mer dure souvent une année, quelquefois d’avantage, car au retour d’une longue traversée, au Havre - à Dunkerque ou à Marseille - s’ils trouvent de suite un réembarquement, ils n’hésitent pas à repartir. Ils seront ainsi conduits dans les plus grands ports du monde : San Francisco - Shanghai - Melbourne - Saint-Louis du Sénégal … Certains tenteront même l’aventure de la "ruée vers l’or" en Californie mais sans beaucoup de succès.   A la fin du XIXe siècle, presque tous les habitants de l’île sont pêcheurs ; d’autres sont canotiers des bateaux de sauvetage de la S.N.S.M. mis en service depuis 1865. Ils n’hésiteront pas, en maintes circonstances, à mettre leur vie en péril pour braver les flots impétueux du Fromveur et pour sauver des vies humaines.


A la fin des années 1950, 300 Ouessantins naviguent sur les cargos et pétroliers. En raison de la crise de la marine marchande il ne sont plus qu’une soixantaine dans le début des années 1990.

[1] Matelot qui travaille dans les soutes d’un navire, principalement dans le magasin au charbon

[2] Matelot qui monte dans les hunes et qui est chargé spécialement de manœuvrer les voiles et d’entretenir le gréement

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