



En un récent décret, Monsieur Berteaux [1], ministre de la Guerre, a décidé qu’une compagnie de disciplinaires viendrait s’établir dans l’île d’Ouessant.
Il n’entre pas, dans le cadre de cet article, de critiquer cette mesure, de l’approuver ou de la désapprouver. Toutefois, il nous sera sans doute permis de dire qu’elle relève de ce faux humanitarisme, de cette tendance un peu ridicule à la sensiblerie, à l’attendrissement conventionnel qui fit placer, naguère, les condamnés de droit commun dans les rangs de l’armée métropolitaine, à côté des braves gens sans tache, mesure qui d’ailleurs dut être rappelée par la général Brun tant les résultats qu’elle avait donnés étaient déplorables ; on se souvient, en effet, que les crimes ou délits commis par des militaires s’étaient multipliés dans des proportions exceptionnelles à partir de l’application de cette décision pleine de mansuétude.
Il est probable que la nouvelle résolution de Monsieur Berteaux aura le même sort. Pendant un certain nombre de mois ou d’années, les disciplinaires -tout en faisant la cure d’air, que leur offre l’ Etat- se livreront, sans réserve, à mille déprédations dans la malheureuse île d’Ouessant ; on estime sans doute qu’il vaut mieux que ce soient de paisibles paysans bretons qui soient leurs victimes, plutôt que des Arabes, et l’on pense aussi que ces mauvais soldats auront plus de liberté, s’échapperont plus facilement de leurs camps, puisqu’il n’y aura plus pour eux la crainte de l’indigène, qui est le commencement de la sagesse.
[1] Maurice Berteaux ( 1852 - 1911) - député radical-socialiste de Seine et Oise
nommé ministre de la Guerre le 15 novembre 1904 en remplacement de Gabriel Syveton
confirmé à ce poste le 24 janvier 1905 dans le gouvernement composé par Michel Rouvier
lors des courses en aéroplanes Paris-Madrid est tué le 20 mai 1911 sur le champ d’aviation d’Issy les Moulineaux