La Jument

Les phares d’Ouessant : la Jument
Publié le 19 août 2007, mise à jour le 20 août 2007
par Webmaster
C’est après avoir échappé de justesse à un naufrage, en 1878, que Charles Eugène Potron, rentier et membre de la Société de Géographie …

C’est après avoir échappé de justesse à un naufrage, en 1878, que Charles Eugène Potron, rentier et membre de la Société de Géographie, s’engage le 9 janvier 1904 en l’étude de Maître Albert Meunié, notaire, à léguer 400.000 F-Or pour l’érection d’un phare bâti en matériaux de choix pourvu d’éclairages perfectionnés. Le testament stipule que « ce phare doit s’élever sur le roc, dans un des parages les plus dangereux du littoral de l’Atlantique, comme ceux de l’île d’Ouessant ».

© Photo de Jean Guichard publiée avec son aimable autorisationCe testament indique par ailleurs que, sous peine de forclusion, ce phare doit être terminé et le feu allumé dans un délai de 7 ans. Il décède, peu après, le 27 mars 1904.   Le choix se porte sur la Jument ; des travaux réalisés l’année précédente sur le rocher Ar Gazek-Coz (« La Vieille Jument » en breton), par l’Administration en vue d’ériger une tourelle de reconnaissance, de forme octogonale, permettent de gagner un temps précieux. La Jument se situe au Sud-Ouest de l’Ile, dans une zone d’accès difficiles et de courants violents, pari fou autant que défi technologique pour cet écueil considéré comme l’un des dangereux du littoral !

Premier chantier en mer aux abords d’Ouessant, les travaux commencent en 1904 sur le rocher. Le défi de taille est relevé au prix de multiples difficultés d’accostage ; la première année de travaux, les conditions climatiques sont très défavorables et les ouvriers ne peuvent accoster au rocher que 17 fois et exécuter 52 heures de travail sur la roche. Grâce à l’organisation rigoureuse du travail imposée par le conducteur, Heurte, responsable de la subdivision d’Ouessant, les délais sont respectés. Après maints travaux de nettoyage, d’arasement, de percement de trous, de maçonnerie, de mises en place d’instruments de chantiers performants, La Jument, haute de 47 m, s’élève au-dessus des flots de l’Iroise.   Achevée durant l’été 1911, et pourtant en granit, la bâtisse ne tarde pas à essuyer une grosse tempête en décembre 1911 qui révèle ses faiblesses : elle tremble !

© Photo de Michel Lopez publiée avec son aimable autorisationLe monteur de l’optique, 3 gardiens et le cuisinier se trouvent alors dans le phare. Des lames énormes attaquent la base par le sud-ouest et couvrent la lanterne dont le vitrage se fend ; la cuve à mercure répand ses vapeurs ; le pavillon de la sirène est repoussé à l’intérieur de son logement ; les réservoirs de pétrole se déplacent dans la pièce ; l’eau entre à flots par les fenêtres brisées et dévale l’escalier. Les 5 hommes présents s’attendent à être engloutis. Au bout de 5 jours et 5 nuits de cauchemar, malgré une mer forte, le bateau de chantier, la Confiance, libère enfin Barthelme, le monteur en optique, Coatmeur, le gardien et le cuisinier intoxiqués par les vapeurs de mercure. Les gardiens Masson et Le Gall restent en poste pour assurer le service du feu.

De sérieux travaux s’imposent lorsqu’on découvre que le rocher est fendu … L’histoire dit qu’il existait une cavité non comblée sous la roche et que dès que la mer cogne du Sud, le phare remue … L’élargissement du soubassement et son élèvement de la cote 10,5 à la cote 14 sont réalisés ; la base de la tour est chemisée d’une couronne de 20 cm de béton armé ; 3 câbles sous tension de 1.000 tonnes sont scellés dans la roche. Ces travaux devront être entrepris à plusieurs reprises par les autorités et prendront fin en 1940.   Le phare frémit toujours…   Aujourd’hui, encore quelques brèches dans les anneaux de l’optique témoignent de l’assaut de 3 grosses tempêtes qui menacèrent la stabilité du phare. Il arrive encore que des vitres cassent, des fers se tordent, mais à La Jument ce n’est que routine.   Une légende dit que certains ont déclaré ce phare « envoûté » parce que les murs tremblaient au point que certains gardiens refusèrent d’y retourner … Il s’agit tout simplement d’un défaut de construction.   Automatisé en juillet 1991, le phare est désormais télécommandé à partir du Creac’h.


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