Drummond-Castle

L’île et les naufrages : le Drummond-Castle
Publié le 21 août 2007, mise à jour le 8 mars 2010
par Webmestre
Le 15 juin 1896, peu avant minuit, le paquebot anglais, Drummond-Castle fait route vers l’Angleterre …

Le 15 juin 1896, peu avant minuit, le paquebot anglais, Drummond-Castle, vapeur de 111,25 m de long et 13,25 m de large, d’un tonnage de 3 663 Tonnes en provenance de Capetown (Afrique du Sud), fait route vers l’Angleterre. Les phares du Stiff et du Créac’h sont en service. La mer est assez calme ; il y a du crachin et à 21 heures une brume épaisse empêche toute visibilité.

Le Commandant navigue à l’estime. Vers 19 heures 30, il fait sonder. Deux fois le sondage est infructueux. Il fait stopper les machines et la sonde annonce 35 brasses (75 mètres). Il se trouve probablement à l’ouest de Penmarch mais se croit peut-être plus près d’Ouessant. Sa vitesse est d’environ 13 nœuds. Peu après 22 heures, un vapeur britannique, le Werfa, aperçoit le feu blanc de tête de mât et le feu vert d’un bateau qui est certainement le Drummond-Castle. Le Drummond-Castle se déroute pour passer derrière le Werfa qui trouve dangereux le cap du paquebot vers le Nord-Est. Vers 22 h 50 –selon un témoin, on entend du bruit, un déchirement de tôles ; les machines ont stoppé. On ne sait pas alors si le bateau a touché une roche ou heurté un navire. Le Drummond-Castle prend de la gîte sur tribord, puis se redresse et continue sur son erre. Tous les passagers n’ont pas encore regagné leur cabine, certains sont sur le pont. Le Drummond Castle , au mouillage de Darthmouth [DR]

Le capitaine Pearce fait rassurer les passagers mais pour l’instant il n’y a pas de panique. Il envoie vérifier la fermeture des sabords et des compartiments. Il donne l’ordre de mettre les canots à la mer. Le bateau semble s’enfoncer lentement.

Brusquement à 23 heures 05, le Drummond-Castle pique de l’étrave dans la mer ; son arrière se soulève ; il glisse en avant et s’enfonce dans les remous. Tout est si rapide qu’on ne peut embarquer dans les canots et la plupart de ceux qui sont à bord sont entraînés vers le fond.

Quelques uns se retrouvent à l’eau et munis de gilets de sauvetage parviennent à nager. C’est le cas de Charlie Marcquardt, un commissaire, embarqué comme passager qui appelle dans l’obscurité. Il retrouve Ellis le 3e lieutenant. Ils s’accrochent à une planche et une caillebotis qui flottent à proximité. Le matelot Godbolt –qui s’apprêtait à mettre une baleinière à l’eau- a été projeté à la mer. Le matelot Wood, qui dormait, est monté sur le pont puis s’est retrouvé aspiré dans les remous avant de réussir à remonter à la surface. Tous les deux s’accrochent à un espar.

La catastrophe n’a aucun témoin à terre. Nul n’a donné l’alarme. Le lendemain matin, 17 juin, le vapeur courrier du Conquet à Ouessant - La Louise -, aperçoit du bois et des épaves sur l’eau. Un pêcheur d’Ouessant, Joseph Berthelé , met sa plate à l’eau vers 7 heures du matin ; il découvre le corps d’une petite fille puis deux hommes soutenus par le bois flottant. Il réussit à hisser Marcquardt et fait signe à d’autres pêcheurs qui s’occuperont d’Ellis. Malheureusement, il ne sera pas ranimé.

Venant de Molène, un autre pêcheur, Mathieu Masson, patron de la Couronne de Marie, est dans les parages. Il repêche Godbolt et Wood, frigorifiés mais vivants. Les pêcheurs leurs donnent des vêtements pour tenter de les réchauffer.

Quand on eut ramené les rescapés, on comprit à peu près ce qui s’était passé. Le sémaphore du Créac’h à Ouessant, apprenant que deux rescapés sont à Molène, télégraphie au préfet maritime de Brest « Grand paquebot anglais Drummond-Castle a coulé nuit dernière à minuit sur Pierres Vertes Trois vivants et six cadavres recueillis. Reste supposé perdu ».

Marquardt télégraphie au siège de la compagnie à Londres en disant qu’il est le seul survivant ; il ne sait pas encore que deux autres rescapés sont à Molène.

Les pêcheurs des îles entreprennent de chercher d’autres survivants. Les canots de sauvetage, Amiral Roussin de Molène, Amiral Rigault de Genouilly et Anaïs tous deux d’Ouessant, le premier venant du Stiff, le second de Lampaul, explorent la côte et les rochers ; en vain. On ne retrouve que des cadavres dans les jours qui suivent.

A Molène, 28 tombes de naufragés sont fleuries. Les habitants offrent des draps pour faire des linceuls. Séraphique Cuillandre transforme sa maison en chapelle ardente avant l’inhumation.

A Lampaul, c’est l’abri du canot qui sert de chapelle ardente pour les corps recueillis à Ouessant.

Sur les 243 passagers à bord prisonniers du bateau, on dénombre trois survivants à Molène et un à Ouessant. Pendant plusieurs jours, la mer ramène sur les grèves des deux communes des dizaines de cadavres. Les habitants molénais et ouessantins fournissent aux noyés leur dernier linceul, et -à défaut de bois disponible-, les draps et toiles nécessaires à leur inhumation. Enterrés dans le cimetière jouxtant l’église de Molène, les corps seront pour la plupart ramenés en terre anglaise, sauf 22 qui restent en terre molénaise. Une plaque en pierre apposée sur l’herbe qui a repoussé depuis, détruisant la trace des tombes, témoigne de la catastrophe et de la mort tragique survenue, à l’âge de 31 ans, de Herbert Hinds en terre bretonne.

En reconnaissance au dévouement des habitants des deux îles, la Couronne britannique offre à Molène un calice en vermeil ornés de gemmes et une citerne et à Ouessant la flèche du clocher de l’Eglise Saint-Pol-Aurélien.

 

Récit du naufrage et exploration de l’épave du Drummond-Castle

 


Cent ans plus tard, Ouessant et Molène -qui n’ont pas oublié ce naufrage- commémorent ces morts, en compagnie de quelques uns de leurs descendants, en actionnant la corne de brume, près de l’endroit où le Drummond-Castle git toujours là par delà 60 m de fond.
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